Façonner des futurs souhaitables : concevoir à l'ère de l'anthropocène

Le 07/04/2019 — Journées du Logiciel Libre, Lyon

Alors ? A-t-on a réussi à se donner plus la main ? Vous pensez que la technique a assagi les hommes ?

Vous l’aurez compris, nous allons vous parler de futurs. Une question préalable : si certains ou certaines d'entre vous ignorent que dans quelques années, notre situation risque d’être difficile, voire catastrophique, voici un rapide rappel : "nous sommes en situation d'urgence climatique et notre survie individuelle et collective en tant qu’espèce est menacée, de notre vivant." Ce qui est loin d'être un futur aussi désirable que celui qu’on imaginait en 1960, même si manifestement nous avons adhéré à l'intérêt certain envers les trémies d’autoroutes.

Cette conférence s’appelle "façonner des futurs désirables". Mais c’est quoi, un futur désirable ? Quel est votre futur désirable ? Pour certaines et certains, c’est un futur parfait où le progrès technologique rend notre vie encore plus confortable. Un futur où tout le monde est plus riche, où les voitures sont électriques et les téléphones pliables. Pour d’autres, c’est un futur où la nature reprend sa place, plein de vert et plein de low-tech, où les ressources sont gérées, même si cela signifie qu’on est moins riches individuellement.

Mais même si nous sommes d’accord que les futurs désirables nous permettront de rester heureuses et heureux, nous n’avons pas tous et toutes une vision unifiée de ce que peut être un futur désirable, ni des moyens à mettre en œuvre pour les atteindre.

Avant de désirer un futur, attardons-nous sur deux éléments très importants : premièrement, le champ de nos actions.

Rien n’est neutre. Chacun de nos choix, même microscopiques, et des actions qui en découlent ont un impact parfois bien plus important que nous ne pouvons l’imaginer. Nous pouvons aider à émanciper des populations entières ou bien les aliéner et leur nuire terriblement. Que nous soyons designers, développeuses ou développeurs, ingénieur·es, peu importe : nos actes définissent quels futurs sont possibles et impossibles.

Ensuite, il y a le champ des possibles. Ce champ est en train de diminuer chaque jour un peu plus. C’est mathématique : nous existons dans un monde fini. Nous ne nous attarderons pas sur ce point, d’autres l’ont très bien fait, notamment Alexandre Monnin lors de sa conférence "Quel avenir pour le numérique". Nos futurs doivent prendre en compte le champ physique et thermodynamique de nos contraintes.

Nous vous proposons une petite expérience de pensée et un voyage dans le temps. Mettons cela en pratique et allons explorer quelques futurs. Accrochez-vous !

2079 — Business as usual

  • Vous et nous sous sommes morts depuis plus de 20 ans.
  • Vingt cinq ans après la dernière COP48, celle où on a arrêté de faire des COP parce que les états ne se déplaçaient même plus. Ça fait bien longtemps que les USA et la Chine ne venaient plus.
  • Nous sommes 500 millions, enfin on imagine parce qu'il n'y a plus beaucoup d'organes capables de faire un recensement. Y'a plus personne sur une bande très large autour de l'équateur qui va de l'Argentine à l'Italie. Des mouvements migratoires immenses ont provoqué pas mal de problèmes il y a 30 ans quand la moitié des gens qui restaient en Europe est partie frapper à la porte de la Norvège.
  • Les enfants ne survivent pas, ou extrêmement rarement. La mortalité infantile est terrible, parce que les réseaux d'eau potable ont quasiment tous lâchés en ville et en proche ville.
  • Le climat va un peu mieux. ou en tout cas il s'est stabilisé mécaniquement, parce qu'il n'y a quasiment plus d'industrie et plus aucune voiture qui peut rouler. Il n'y a plus trop d'infrastructures non plus. On recommence à avoir des hivers vers chez nous.
  • Les villes ont été abandonnées et elles sont relativement invivables, les infrastructures sont toutes tombées faute d'entretien et d'énergie acheminée. Tout est en ruines, certains endroits ont été littéralement noyés sous les déchets accumulés par les citadins.
  • Hors des villes au Nord et au Sud, la vie s'est répartie autour des cours d'eaux, dans les zones où tu peux faire un peu d'agriculture, dans les maisons abandonnées quelques décennies plus tôt.
  • Les ressources naturelles : les ressources en pétrole ont diminué tout doucement, on n'a rien vu venir et du jour au lendemain, plus rien.
  • Le travail, il n'y en a plus du tout. On survit, on bricole, on cherche à manger. L'industrie florissante jusqu'en 2030 a simplement disparu. L'absence du pétrole qui nous servait à tout déplacer, tout fabriquer, a scellé son sort.

Les problèmes que posent ce futur :

  • Le déclin est lent et invisible, jusqu’à la chute. Chaque jour ressemble à celui d'avant, il est possible que nous ne prenions pas conscience du déclin que nous vivons et que nos biais nous empêchent de constater les changements pourtant palpables.
  • L’enfer, c’est les autres. On trouvera toujours un ennemi qui cristallisera nos peurs et qui nous absoudra de nous remettre en question.
  • Les verrous socio-techniques sont puissants et nous empêchent d'imaginer d'autres façons de faire.

Les apprentissages que nous pouvons faire :

  • Nous devons nous reconnecter à la terre, nous réincorporer au vivant.
  • Nous devons détecter et contrer les verrous socio-techniques.