Design pour un futur incertain

On the 08/11/2018 — Bellecour École, Lyon

Quand j’étais petite, j’adorais les magazines de vulgarisation scientifique pour enfants. Je me souviens très bien du moment où je suis tombée sur un article qui illustrait l’univers. Mon univers de petite fille était encore limité à environ 10km autour de moi : la maison où j’habitais, l’école où j’allais, rien de plus. Et d’un coup, ce magazine me disait que l’univers au dessus de ma tête était gigantesque, inconnu, au delà de ma capacité à l’envisager. L’infini était à ma portée.

Je suis née dans un monde où tout était abondant et infini. Mes parents sont issus de la génération baby boom. Ils ont été jeunes dans les années soixante, au temps où le plein emploi était une réalité, où tout était en plein développement. Dans notre monde, nos villes sont immenses et conçues pour les voitures qui les ont envahies. Le véhicule est un marqueur social et un symbole de liberté. Les stations services ne sont jamais à sec.

Tout croît exponentiellement dans ce monde. Le béton, les hypermarchés, les immeubles, les portfolios d’actions. Les lumières sont allumées en permanence, il y a de la pub partout sur des écrans toujours plus nombreux. Nous vivons une ère d’hyperconsommation, d’hypercapitalisme et d’hyperproductivité.

Dans certaines zones du monde, on a du mal à trouver de la nourriture non transformée et non emballée. Le supermarché fait partie intégrante de notre écosystème, y aller nous semble absolument naturel, voire indispensable. Souvent, il n’y a pas d’alternative disponible. (Peter Menzel & Faith d'Aluisio — Hungry Planet: What The World Eats)

Notre monde est régi par les chiffres qui ne peuvent que monter. Les entreprises ont l’obligation de croître. Le seul indicateur de succès est une croissance à deux chiffres.

Je suis devenue designer dans ce monde de croissance exponentielle et d’infini. La notion d’abondance m’était naturelle et je l’ai intégrée inconsciemment dans ma pratique. Le design s’est focalisé sur deux points : les hommes et leur profit. Depuis le début, j’ai intégré que pour exister, nous devions contribuer à cette croissance globale. J’ai démarré ma carrière en nourrissant le système de croissance infinie, sans jamais le remettre en question, alors que malgré moi, je dessinais AUSSI le futur à ma petite échelle.

C’est seulement il y a quelques années que j’ai commencé à déconstruire la notion de croissance. La croissance exponentielle et infinie dans un environnement limité, celui de notre Terre, est un contresens total. Un arbre ne peut pas croître exponentiellement : sa structure et sa matière le limitent à une certaine hauteur, et c’est pour une raison très simple : non seulement sa grande hauteur le ferait s’effondrer à un moment, et avant de tomber il pénaliserait tout l’écosystème en dessous de lui.

Le futur s’est pourtant nourri de cette idée d’infini… Durant les siècles derniers, les voitures volantes, par exemple, ont occupé une grosse part de notre imaginaire. On s’imaginait l’an 2001 comme une ère de perfection, d’ordre et de bonheur, de nations pacifiées et de véhicules futuristes. Le design n’y est pas pour rien et a nourri cette vision à travers des visuels sublimes et des fictions fanstastiques. Nous les humains adorons essayer de prévoir le futur et de l’écrire en fiction, mais à aucun moment on ne se demande si les futurs que nous imaginons seraient possibles.

Quel futur sommes-nous en train de dessiner là tout de suite ? Le futur proche est celui de l’automatisation, de la mobilité et de l’information contextuelle. Un futur où tous nos soucis disparaissent derrière un sublime écran tactile, intégré au tableau de bord d’un véhicule à énergie non polluante qui sait déjà où l’on veut aller. Un futur sans maladies et sans bouchons sur les routes, aux interfaces propres et minimalistes, à la data illimitée, où on peut se faire livrer n’importe quelle nourriture là où l’on se trouve, en payant avec l’empreinte de notre pouce. Il parait que la technologie va sauver notre monde.

Nous avons largement dépassé l’an 2001. Et toujours pas de voitures volantes à l’horizon. Par contre, nous avons de nouveaux phénomènes auxquels faire face. L’abondance a amené la pollution. Pas besoin d’aller jusqu’à Dehli pour la constater, une belle nappe de purée de pois recouvre Lyon régulièrement. Le climat. Cette actualité remonte à juin dernier, Lausanne s’est littéralement transformée en cascade géante, inondant le réseau du métro et surprenant ses habitants. Des journalistes se posent même la question de comment nous allons survivre si les températures montent jusqu’à 55° dans trente ans. Excellente question. Comment fera-t-on ? Parce que dans 30 ans, vous et moi serons encore là, en théorie. Enfin en théorie, car à 55° sur les terres, plus aucune agriculture possible.

Avant la révolution industrielle du début du 20e siècle, la terre était dans une période assez stationnaire niveau climat, qu’on appelait l’holocène. Le monde des sciences s’accorde à dire que nous sommes entrés dans une nouvelle ère : l’Anthropocène, anthropo signifiant homme. Nous sommes devenus une force géologique qui modèle la terre et le climat. Cette animation montre l’évolution de la production de carbone depuis la fin du 16e siècle. Nous n’avons vraiment pas chômé sur les derniers mètres. Le souci, c’est que tout le carbone produit ne va pas disparaître de sitôt.

Certains chercheurs et chercheuses parlent même de capitalocène. C’est le capitalisme plus que les humains qui nous a fait creuser les sols à la recherche de toujours plus de pétrole, toujours plus de métaux précieux pour les composants dans nos voitures, nos écrans et nos ordinateurs.

Pour nous sauver, on a inventé un terme à la fin des années 80 : "développement durable". Permettons-nous une rapide analyse étymologique du terme.

Développement. Durable. Croissance. Durable. Exponentielle. Durable…
Je vous propose d’en rester là pour le moment.

La question, c’est la tech est-elle durable ? C’est quand même le coeur de notre métier, et une immense part de notre métier est possible grâce à la tech. Le designer James Auger dit : "Nos téléphones sont fabriqués en Chine, distribués au sein d’un réseau centralisé, nous les "consommons" jusqu’à ce qu’ils soient obsolètes ou qu’ils soient cassés, mais nous ne pouvons ni les réparer ni les faire évoluer. Et c’est la fin de leur vie."

Au delà de la durée de vie de nos appareils, mesurons l’énergie nécessaire à faire tourner les infrastructures qu’ils nourrissent. Le "cloud" où nous chargeons nos documents et nos photos en quelques secondes, représente l’équivalent du 5e pays mondial en consommation d’énergie. La maintenance de la cryptomonnaie Bitcoin requiert une puissance de calcul qui mobilise tant de machines que si elle s’arrêtait, cela libérerait 5% de la production mondiale d’énergie. CINQ POUR CENT. Les data centers en Irlande consomment 1/5e de l’énergie du pays.

L’internet des objets, produit des millions de devices. On en attend 50 à 100 milliards dans les 30 ans qui viennent. Alexandre Monnin, chercheur au sein du laboratoire Origens Medialab, a pris au mot le slogan de Tim Berners Lee : "web we want" et parle plutôt de "web we can afford", le web qu’on peut se permettre. En 2013, les objets connectés dans le monde consommaient déjà 616 TWh annuel, soit l’équivalent de la consommation électrique du Canada et de la Finlande réunis – dont 400 TWh uniquement pour maintenir les objets en veille. En 2050, nous n’aurons simplement pas assez d’énergie pour alimenter nos objets.

Mais pas d’inquiétude ! Elon va nous sauver, il va apporter des sous-marins partout et peupler nos contrées de ses batteries miraculeuses qui vont nous permettre de stocker la belle énergie solaire ou éolienne quand il n’y a ni soleil ni vent !

Pas vraiment. Déjà parce qu’Elon Musk est un homme d’affaires, il est loin d’être un inventeur génial ni un grand humaniste. Ensuite parce que depuis la révolution industrielle, chaque nouvelle source d’énergie ne s’est malheureusement pas substituée à la précédente. Les énergies renouvelables, représentées ici en ROSE, n’ont pas résolu notre souci principal : nous dépendons des énergies fossiles et polluantes et notre consommation ne baisse pas vraiment. Avec des efforts, nous pourrions diminuer la part du fossile, mais au prix d’une baisse drastique de notre niveau de vie : quasiment plus de voitures, plus de poids-lourds donc dix fois moins de supermarchés et de boutiques, plus de voyages en avion, des coupures d’eau et d’électricité, plus de produits importés, plus de construction de nouveaux logements ni de buildings… Et ni l’hyperloop ni une super batterie ne peuvent vraiment solutionner le dilemme, puisque leur production demanderait une quantité immense d’énergie pour les fabriquer et les rendre opérationnels.

Respirez. Tout va bien. En général je mets un chat quand mon propos commence à être un peu lourd à digérer. Voici Macha, c’est un chat sibérien. Vous pouvez la suivre sur Instagram, d’ailleurs, son fluff redonne espoir.

Mais du coup, si nous ne pouvons pas rendre notre énergie vraiment durable et non polluante, et si nous ne pouvons pas construire des technologies durables sans polluer encore plus, qu’allons-nous faire ?

Quelqu’un va bien inventer quelque chose, bon sang ! On va bien inventer une voiture qui ne consomme presque rien, des smartphones qui se rechargent tous seuls, des algorithmes qui vont nous dire quoi faire !

Le progrès technologique est en pleine course avec l’énergie mais aussi avec la raréfaction d’autres ressources. Une étude de 2013 confirme qu’aucun métal précieux n’a vraiment d’équivalent pour ses usages principaux. Le Dysprosium qui est utilisé dans tous nos téléphones et tous nos ordinateurs est amené à s’épuiser totalement d’ici quelques années. Les autres métaux de cette liste sont utilisés dans la fabrication de nos smartphones, nos panneaux solaires, nos voitures électriques… Nous n’avons pas le temps de trouver des substituts. On ne parle pas de préserver la planète pour nos enfants ou nos petits enfants. On parle des deux prochaines décennies. C’est NOUS. Nous et nos jolis smartphones qui allons vivre une ère de manque énergétique et matériel.

Chaque progrès technologique pose un problème peu évoqué : l'effet rebond. Fin 18e, Smeaton et Watt optimisent la machine à vapeur et divisent sa consommation par 10 en un siècle. Conséquence : les usages du charbon explosent. On le préfère au bois pour le chauffage et à la traction animale pour le pompage de l’eau (notamment dans les mines). Conséquence : la consommation de charbon est ainsi multipliée par 22 au Royaume-Uni.

Parce qu’une technologie est plus efficace, donc moins chère à l’usage…

  • elle va être utilisée davantage,
  • elle va être préférée à d’autres technologies pour d’autres procédés,
  • l’argent économisé va être ré-alloué à d’autres achats, eux aussi consommateurs de ressources.

Cet excellent article explique en détails et vulgarise les principes de l'effet rebond.

Autre exemple, le covoiturage, qui est pourtant promu comme une bon moyen de réduire de nos émissions. Le covoiturage ne les réduit pas tant que ça. Les clients du covoiturage sont des gens qui n’ont généralement pas de voiture et qui auraient sûrement pris le train ou un autre moyen de transport moins polluant. Certaines personnes en font même un commerce et achètent un fourgon pour transporter 5 à 10 personnes sur des Paris Marseille. Sans s’en rendre compte, elles contribuent à rendre le train plus cher, et ainsi de suite. Même chose pour Uber qu’on utilise pour de petits trajets qu’on aurait fait à pied ou en transports en commun.

Le plus triste dans cette histoire, c’est que l’effet rebond, la raréfaction des ressources et l’augmentation de la pollution, nous le savons depuis plusieurs décennies déjà. En 1968, un groupe de scientifiques, économistes et leaders politiques du monde entier se sont rejoint en Italie pour partager leurs inquiétudes face au futur de l’humanité. Quatre ans plus tard, ils publiaient "Les limites de la croissance" aussi appelé "le Rapport Meadows", une étude des interactions entre l’humain et son milieu. Un ouvrage pas très joyeux dans son ensemble. Ils ont créé un modèle informatique qui prenait en compte des variables telles que la population, la production de nourriture, l’industrialisation, la pollution et les ressources à notre portée. Ils ont produit des simulations en variant les paramètres à chaque fois pour voir quel modèle pourrait être durable.

Spoiler : un seul modèle a tenu la route sans provoquer, à plus ou moins long terme, un effondrement. Ce modèle préconisait d’arrêter l’extraction de pétrole et l’industrialisation dès la publication du rapport, en 1972. Autant vous dire que ce scenario n’a pas été suivi. Deux mises à jour du Rapport Meadows ont été publiées depuis, l’une venant juste de sortir. Les simulations effectuées à l’époque se sont peu ou prou vérifiées jusqu’à présent. Nous pouvons nous attendre à un effondrement systémique de notre société.

On parle d’effondrement depuis tout à l’heure, mais c’est quoi, un effondrement ? La définition historique est une chute brutale de la population due à des catastrophes naturelles et/ou sanitaires. Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement sous Jospin, président de l’institut Momentum qui réfléchit à l’imminence d’effondrements, le définit comme "une situation dans laquelle les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, mobilité, sécurité) ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi".

La chute de l’ïle de Pâques reste un mystère. Mais on a pu émettre l’hypothèse que pour déplacer et ériger ses iconiques statues, la population a massivement abattu les grands arbres sur l’ile. Résultat : les végétaux plus petits n’ont pas survécu au manque d’ombre, et les animaux nuisibles comme les lapins se sont reproduits à grande vitesse et on perturbé tout l’écosystème jusqu’à s’éteindre eux-mêmes. La population a drastiquement diminué à cause de difficultés à s’alimenter.

Certes, notre survie dépend aussi des arbres et de notre écosystème. Mais le progrès technologique qui nous a amené là où nous sommes dépend avant tout des énergies fossiles. Notre confort moderne repose sur le pétrole, qui est une ressource limitée dans la nature.

Le carburant qui alimente les machines que nous utilisons affectent notre capacité à nous rendre au travail. Les réseaux en eau de ville et en électricité sont maintenues par des personnes qui utilisent du carburant. Notre nourriture est acheminée par avion et par poids-lourds, notre capacité à faire fonctionner des systèmes complexes comme des hôpitaux repose quasiment entièrement sur le pétrole et sa consommation.

Je cite Anab Jain : "Il y a des chances que l’abondance habituelle dans laquelle nous vivons commence à disparaître."

Et le problème, c’est que nous ne savons pas vraiment quand sa disparition aura lieu. Les stocks de pétrole brut sont plus ou moins connus, mais avant qu’ils ne soient épuisés, nous ne savons pas comment le système réagira à une montée des prix, par exemple. Nous n’avons aucun moyen de prédire quand un potentiel effondrement systémique pourrait avoir lieu.

Voilà voilà.

Respirons un bon coup.

Comment notre monde peut-il s’effondrer ? Ça semble tellement impossible…
Apprendre que notre niveau de vie et notre confort au quotidien peut s’arrêter du jour au lendemain est difficile. Et ça peut vraiment peser sur notre quotidien.

Que peut-on faire, nous, simple designers ? Que peut-on faire contre la pollution grandissante, les effondrements systémiques, les élites politiques sourdes, le capitalisme qui se nourrit des personnes les plus vulnérables, les supermarchés et le sur emballage ? Ça fait beaucoup d’un coup.

Nous sommes tous et toutes des designers. Du moment où nous codons, écrivons, dessinons, publions sur le web, nous sommes responsables de ce que nous créons. Nos responsabilités sont immenses. Nous avons le devoir de remettre les choses en question.

Nous devons changer la manière dont nous concevons les choses, et l’influence de ces choses sur notre monde. Les objets que nous créons, qu’ils soit numériques ou physiques, façonnent le monde et impriment une manière de faire aux personnes qui les utilisent. Laurence Lessig proclame que "Le code fait loi", "code is law". La manière dont une application est développée définit ce qu’il est possible de faire ou pas. Au niveau d’un logiciel comme au niveau d’une société.

Essayons d’entrevoir quelques pistes d’action pour contrebalancer les déséquilibres de notre monde, essayons d’utiliser le design en fonction de ces changements.

Nous devons faire état de nouveaux constats et de nouveaux faits et faire avec. Ce sont nos nouvelles bases de réflexion, de mesure, puis d'action. Par exemple, le CO2 est une matière très stable. Tout le CO2 que nous avons produit depuis le début de la révolution industrielle ne disparaitra pas de sitôt : travaillons avec ce fait.

Peut-être pouvons-nous commencer à considérer l’énergie comme une ressource rare et précieuse, ou la notion d’abondance comme un contresens. Ou à changer les métriques qui définissent le "succès", comme la croissance exponentielle. Le profit à court terme est loin d'être l'unique métrique sur laquelle on peut se baser, bien au contraire. Acceptons aussi que la croissance ne peut pas être infinie, que toute croissance doit se stabiliser à un moment donné.

Partons de ces bases pour designer différemment.

Le site Low Tech Magazine a décidé de construire une version "low tech" de leur site internet, avec un serveur alimenté par l’énergie solaire. Le reste du site a été conçu en conséquence, sur la base d’une énergie rare et précieuse. Toute la conception a été influencée, depuis le choix des fontes jusqu’à l’optimisation des images.

**Créer des précédents et montrer que c'est possible" : donnons naissance à des projets, montrons qu'ils sont réalisables, fabriquables, viables. Si ça existe, personne ne peut le contester. Si c’est construit et que ça marche, ça peut être diffusé.

Au début des années 70, un jeune couple défraie la chronique dans leur entourage. Quand tout le monde veut habiter en ville et "faire carrière" dans l’abondance, eux veulent leur maison autonome.
Ils se sont interrogés sur l’énergie dont ils avaient vraiment besoin pour vivre de manière frugale mais confortable et ont conçu leur maison 100% autonome en énergie et en ressources. Ils y ont élevé leurs enfants et y vivent depuis 40 ans. Ils partagent sur leur site les plans de leur éolienne et du système de traitement de l’eau, organisent des visites et des festivals et ont été rejoints par d’autres familles pour créer un éco hameau.
Leur expérience est indéniable et fait clairement jurisprudence quand on leur oppose qu’une vie autonome et décentralisée est impossible.

Concevoir systémique et penser aux cycles de vie : le design peut aussi être mobilisé différemment, en prenant en compte plus fortement les paramètres de cycle de vie d’un produit. Nous pouvons refuser de concevoir autrement que de manière systémique, en intégrant les produits que nous concevons à leur écosystème au lieu de les voir comme des éléments isolés et autonomes.

Le concept d’externalités illustre tous les éléments et dommages collatéraux que nos produits et systèmes produisent et que nous n’anticipons pas, par ignorance ou par choix. Leyla Acaroglu, designer systémique, dit que nous humains créons des systèmes qui créent des déchets par défaut. Alan Cooper parle de la métaphore du camion poubelle qui emmène nos poubelles chaque matin. Mais où ? Le lieu n'est pas précisé, il n'existe pas vraiment.

Le concept d'externalité, c’est un peu l’effet papillon, où une toute petite chose, répétée suffisamment souvent, peut avoir des effets immenses au sein d’un écosystème. Une voiture, deux voitures, trois voitures… Un million de voitures…

Alan Cooper nous a donné un excellent exemple d’externalité lors de sa conférence à Interaction 18 en février dernier : "Chaque matin, un camion poubelle prend mes ordures et les emporte. Mais où ? Il les emporte bien quelque part". Il ajoute : "à chaque fois que nous répondons "ce n'est pas mon problème", nous créons une externalité et nous disons à la génération suivante "débrouille-toi avec notre incompétence". C’est de notre responsabilité de designer de nous poser cette question."

Leyla Acaroglu est designer systémique et elle propose des outils actionnables et efficaces pour nous aider à prendre en compte les aspects circulaires de nos projets.

Nous pouvons promouvoir de nouveaux modèles de sociétés éthiques en refusant d'alimenter celles qui ne correspondent pas à nos valeurs et au monde que l'on veut promouvoir, et en régulant celles qui détruisent le vivre ensemble. J'ai fermé mon compte Facebook il y a peu en protestation contre l'utilisation des données et de la vie intime des gens, je n'utilise plus Amazon et je refuse de faire appel à Uber ou des services comme Deliveroo car ils ne respectent ni l'humain ni l'écosystème dans lequel ils s'inscrivent. Ce n'est pas normal qu'AirBnB soit la première entreprise de location de lieux de vie et n'ait AUCUN bien immobilier à son inventaire, ou qu'Uber soit la première entreprise de VTC sans posséder AUCUN véhicule. Ces structures s'épargnent de participer au vivre ensemble en exploitant des failles que nous devons contribuer à combler à partir de maintenant. En montrant que c’est possible de nous passer d'elles, nous inspirons les autres et créons de nouvelles bases pour les faire réfléchir.

AirBnB est en train de créer des externalités immenses au sein des villes en monopolisant des logements qui sont de fait retirés du marché de la location pour des personnes qui en auraient besoin, en rendant ces logements peu utilisés et en participant à l'augmentation exponentielle des biens et du prix de la vie. Voulons-nous vraiment les soutenir ?

Uber engage ses propres économistes pour exploiter toutes les failles possibles dans le système capitaliste et pour faire pression à l'externe. Propre, non ?

Elon Musk déteste le jaune et refuse le marquage de sécurité au sein de ses usines, mettant la sécurité ses employés en danger. Quel futur dessinons-nous aujourd’hui en laissant des génies autoproclamés de la tech piétiner les règles du vivre ensemble ? Quel futur dessinons-nous en laissant des entreprises se vanter de "disrputer" un marché alors qu’elles ne font qu’exploiter des failles et se nourrir de la précarité des personnes qu’elles emploient ? C’est à nous de refuser de travailler pour ces entreprises et de désacraliser les génies et leur modèles toxiques. C’est à nous d’appeler les institutions à réguler ces initiatives qui détruisent des vies sur le long terme.

Refuser le dogme de la croissance exponentielle : depuis plusieurs siècles, le design au sens large est exploité comme moyen d'accélérer la production et la consommation, sans réel sens. Le design a jusqu'à aujourd'hui participé à l'Anthropocène sans remettre en question son rôle et son impact. Notre devoir est de questionner le bien fondé de cette croissance et de la règle du "toujours plus".

Ces startups de vélos et de trottinettes en "free floating" mettent à disposition plus d’appareils que la demande n’en veut. Les résultats sont catastrophiques dans de nombreuses villes chinoises et prédisent de ce qui va arriver en Europe sous peu. Sans régulation de la part de l’état, les vélos se multiplient et s’entassent, créant non seulement des déchets mais privant les personnes à mobilité réduite d’un espace qui est déjà largement encombré par d’autres soucis de voirie.

Les créateurs de Basecamp publient régulièrement sur leur blog des pamphlets contre l’hyperproductivité et le présentéisme en entreprise. Ils viennent de publier "It doesn"t have to be crazy at work" qui prône le refus du dogme de la startup hyperactive. Jake Knapp, le co-créateur du design sprint qui résout vos problèmes de design en 5 jours, vient pourtant de publier "Make time", une ode au temps retrouvé et au calme.

Frédéric Laloux a étudié plus d'une centaine d'entreprises prospères, tantôt grandes tantôt petites, mais qui appliquaient des modèles de management différents, ou pas de management du tout. À leur contact, il a cristallisé un nouveau paradigme d'entrepreneuriat, le paradigme opale, où chacune et chacun peut s'épanouir dans une organisation respectueuse et encapacitante.

Nous devons respecter le vivant, "by design" en créant des organisations et des artéfacts qui n'oublient personne et respectent tout le monde, humain ou non.

Les nouveaux acteurs de la mobilité urbaine "dociles" ou "free floating" cachent derrière leurs beaux objets une politique de rechargement ou de gestion de flotte totalement désastreuse à long terme. « Il va bientôt y avoir entre 2 000 et 3 000 trottinettes dans Paris : plus la demande sera forte, moins les chargeurs vont gagner d’argent. Il va falloir structurer cela, on a besoin du soutien de Lime et Bird, ainsi que celui du grand public », martèle David. David se demande si les chargeurs, qui se retrouvent parfois à deux ou trois sur la même trottinette avec une batterie vide, pourraient un jour en venir aux mains. David l’affirme sans hésiter : « On joue les rapaces. »

Heureusement, des initiatives comme l'Ethical Design Manifesto d'Ind.ie peuvent nous aider à nous rappeler constamment de ce qu'un outil éthique est censé respecter. C'est une excellente base de travail.

Ce qui nous amène à la notion d’héritage. Comment pouvons-nous mobiliser cette notion ? Comment héritons-nous des "innovations" créées il y a plusieurs décennies et que laissons-nous aux générations futures qu'elles devront gérer malgré elles ?

Comment tentons-nous encore d’hériter du centre d’échanges de Perrache ? Des projets visent à le végétaliser, le cacher… On ne peut pas vraiment s’en débarrasser : le poids de la superstructure sur lequel il repose pèse sur la nappe phréatique. Un démontage ferait remonter l’eau de la nappe…

Comment allons-nous hériter des millards d’objets connectés qui deviendront inutiles ? Comment allons-nous gérer les déchets que nous produisons ?

Perrache n’a pas de coeur nucléaire, on a de la chance. Par contre, comment pouvons nous prévoir le futur des centrales nucléaires qui nous survivrons dans les prochains siècles ? Des personnes travaillent sur le développement d’un langage qui resterait compréhensibles sur plusieurs civilisations pour que nous puissions signaler les zones dangereuses que nous laisserons derrière nous. Et peut-être nous excuser…

Le design raconte des histoires. À travers les artéfacts que nous créons, nous proposons des récits, des points de vue alternatifs. Nous avons besoin de nouveaux récits différents de celui du capitalisme, dont la seule narration est celle de la consommation sans fin.

Le studio londonien Superflux crée des projets de design spéculatif qui nous permettent de nous projeter dans un futur différent d’aujourd’hui. Le projet Mitigation of Shock est une installation qui reproduit un appartement londonien en 2050, où la moitié du salon est occupée par des systèmes de culture de légumes et de champignons, et où le "smart fridge" répète en boucle qu’il n’y a plus de lait, sauf que les rayons des supermarchés sont vides.

Sur la table de la cuisine, des recettes qui pour se nourrir en périodes de ressources rares, des journaux qui annoncent la fin de l’agriculture et des livres de cuisine qui proposent de voir les animaux de compagnie comme une source de protéines.

Un monde qui nous fait poser des questions sur le future de l’industrie agro-alimentaire et nos capacités à subvenir à nos besoins en ville quand le flux-tendu des supermarchés est brisé et le climat empêche la culture de victuailles.

Nous pouvons changer nos habitudes et consommer autrement. Nous qui passons notre temps à créer des choses, nous pouvons appliquer des principes de respect des ressources et cesser de renouveler notre matériel informatique tant qu'il n'y en a pas vraiment besoin. Nous pouvons nous-mêmes consommer différemment, diminuer notre consommation pour un mode de vie plus conscient.

Alfred Sloane, président de General Motors, a dit que la clef du succès économique c'est la création d'une insatisfaction organisée". Refusons l’insatisfaction organisée. Posons-nous les vraies questions sur ce qui nous amène du bonheur, hors de la consommation.

Le mouvement Zero Waste propose des alternatives au fait de jeter à la poubelle classique dont les déchets finissent enfouis ou brûlés. Nous pouvons refuser de renouveler nos devices tous les ans, nous pouvons réduire les produits emballés que nous achetons, nous pouvons réutiliser toutes sortes d’objets que nous aurions jeté d’habitude, nous pouvons recycler nombre d’objets ou de matières, nous pouvons donner nos meubles et vêtements, nous pouvons replanter plein de graines de légumes ou d’herbes même en appartement, et nous pouvons arrêter de mettre les déchets organiques dans la poubelle classique. Les composts de cuisine fonctionnent super bien.

Soyons des designers responsables qui créons des produits à la durée de vie plus longue, à la conscience écologique plus grande.

Partageons les méthodes, le savoir et sauvegardons les communs.

Un des symptômes des sociétés qui s'effondrent est l'hyperspécialisation : de moins en moins de monde sont capables de faire des choses diverses et se retrouvent perdus devant un moteur de voiture, un sèche cheveux ou un bout de bois. James Auger dit : "Nous devons être participants aux systèmes. Si nous perdons les compétences basiques de fabrication, nous serons perdus devant n'importe quel dispositif."

Ravelry est un site de partage de patrons pour le tricot, né il y a quelques décennies, en réponse à la mainmise de l’industrie textile sur les matériaux et les modèles de vêtements. Les personnes sur Ravelry se sont réappropriées les patrons de tricot et se les partagent à prix très bas ou parfois gratuitement. Le savoir commun ne doit pas être détenu par un petit groupe de personnes.

En 2013, le designer Brad Frost proposait de faire du "design à ciel ouvert", en partageant nos outils comme les prototypes ou les guides de style, les éléments issus des coulisses du projet, nos histoires, processus et nos leçons de vie…

Inviter au plus large, écouter les personnes concernées, réfléchir avec les spécialistes. En tant que designers, nous ne pouvons pas tout savoir. C’est notre devoir d’aller chercher d’autres personnes, d’autres corporations, d’aller nous nourrir des autres et de leurs spécialités. Allons voir des anthropologues, des chercheuses et chercheurs, des artisans et artisanes, des avocates et avocats, des personnes handicapées, des personnes racisées, et demandons-leur de nous raconter leur expérience, leur point de vue sur notre société. Partageons nos problématiques de design avec eux, et surtout collaborons avec eux.

Dans son talk "In Praise of Ordinary People", Mike Monteiro défend les "petites gens" et les minorités dans une conférence dédiée au changement systémique initié par des non designers. Nous designers ne sommes pas spéciaux ni exceptionnels. Notre empathie n’est pas suffisante. Nous devons dédier notre pratique aux gens autour de nous et les écouter, car ce sont eux qui vivent les choses.

Il est également de notre devoir de reconnaître que tout acte de design est politique. Nous ne pouvons pas nous soustraire à ce fait. J’entends beaucoup de personnes dans le monde de la tech et du numérique se plaindre que les féministes ramènent tout au genre, ou les militants anti racistes ramènent tout à la couleur de peau. Mais pour les personnes concernées par une oppression systémique comme le sexisme, le racisme, le validisme, le classisme, ces oppressions ne sont pas des débats que l’on choisit d’avoir ou pas. C’est la définition de qui elles sont au quotidien, elles ne peuvent pas s'en soustraire.

Mike Monteiro dit que nous devrions même "rendre la pauvreté illégale." Utilisons nos privilèges pour aider celles et ceux qui en ont moins. Parce que le monde est politique, le monde est régi par les oppressions, la diversité des expériences et des besoins, par les dynamiques de pouvoir. Notre société est politisée, ne pas vouloir le voir n’y changera rien.

Twitter est une plate-forme née sans conscience, car ses créateurs ont ignoré ces aspects politiques. Résultat : by design, Twitter traite mieux ses utilisateurs néo-nazis que les minorités qui tentent désespérément d’y avoir une voix et sont chassées hors de la plateforme.

Je vous recommande ce 2e talk appelé sobrement "How to fight fascism" qui mobilise le design et les designers au service d’une société plus équitable : disponible en vidéo ici et en format écrit / longread ici.

Je vous propose quatre principes pour résumer toutes les actions dont nous venons de parler et vous aider à pratiquer un design plus adapté au futur incertain qui se prépare : Prospérité, résilience, dignité et circularité.

Prospérité

C'est l'état de ce qui est prospère, une heureuse situation. C'est le "vivre bien", pas plus. Parfois, c'est l'austérité, la justesse. La prospérité en design, c'est :

  • Proposer une méthode d'évaluation de la solution en rapport au besoin.
  • Promouvoir la prospérité plutôt que la croissance exponentielle, valoriser les mécanismes d'économie circulaire et d'échanges matériels.
  • Proposer une nouvelle matrice d'évaluation du succès d'une initiative ou du fonctionnement d'un système.
  • Privilégier les solutions affectant durablement la structure qui produit les effets que l'on cherche à modifier.

Je vois pulluler ce nouveau modèle de Peugeot, la 3008. Le SUV est le véhicule plébiscité par les français ces dernières années, il est infiniment plus polluant qu’un modèle plus petit adapté à toutes les routes. Une immense partie des trajets de moins de 10km pourraient être faits à bord de véhicules plus légers, plus économes, engageant l’énergie des personnes. Le Solex, le Podride ici en bas à droite, sont des véhicules parfaits pour les petites distances. C’est à nous de créer de nouveaux moyens de se déplacer et de faire pression sur les autorités pour obtenir des infrastructures de voirie adaptées.

James Auger et Jimmy Loizeau ont conçu ce superbe objet, une lampe alimentée par la gravité. Pas besoin de mode d'emploi, son design induit son utilisation et on sait comment elle fonctionne. L'ampoule est placée sur le poids qui se remonte et retombe tout doucement, indiquant la quantité d'énergie consommée et la quantité restante. C'est un très bel exemple de design respectueux, intelligent et indépendant.

Résilience

La résilience est la capacité d'un corps, d'un organisme, d'une espèce, d'un système, à surmonter une altération de son environnement. Notre résilience va conditionner notre survie.
Nous pouvons :

  • Créer des artéfacts qui respectent les personnes qui les utilisent / les possèdent.
  • Créer des artéfacts qui respectent autant l'humain que son écosystème.
  • Promouvoir des modèles économiques, d'entrepreneuriat et d'organisation qui assurent une distribution du pouvoir juste, un accès à chacun·e aux outils de ce pouvoir et à un espace de parole équilibré, le tout en récompensant les personnes qui travaillent d'une rétribution décente, au sein d'une activité respectueuse.

Patrick Baronnet dit : "L’acte politique est-il celui de descendre dans la rue ou de se passer de ses services en s’organisant personnellement ou solidairement ?Qu’il s’agisse de la production d’électricité, de l’alimentation humaine, de l’épuration des eaux usées, de la gestion de nos déchets ou de l’approvisionnement en eau, la centralisation de la gestion de nos besoins nous a rendu dépendants et vulnérables et coûte en milliers de km d’adductions, de pylones, fils électriques… de perte d’énergie et de fuite d’eau (60% !) des sommes astronomiques en gaspillage. Elle nous a fait oublier les solutions simples, à notre portée, dont nous avons la maîtrise." (source)

La grille, c’est Facebook, Google et tous les systèmes fermés et propriétaires qui peuvent à tout moment décider de stopper tel ou tel service, à notre détriment. Apprenons à ne plus dépendre de la musique en streaming, ou à trouver de nouveaux moyens d’alimenter nos appareils électriques. Framasoft se bat pour les logiciels libres comme vecteurs d'un nouveau projet politique en proposant des alternatives, soit hébergées chez eux pour que nous puissions les tester, soit à installer sur nos serveurs personnels pour plus d'indépendance et de décentralisation.

Dignité

Selon Kant, la dignité est le fait que la personne humaine ne doit jamais être traitée comme un moyen, mais comme une fin. Cela signifie pour nous :

  • Créer des artéfacts qui respectent les personnes qui les utilisent, autoriser ces artéfacts à être respectés en étant durables et réparables.
  • Créer des organisations qui assurent un pouvoir égal à chaque membre, un salaire décent et de bonnes conditions de vie.

(lin:http://refugeye.com text:Le projet Refugeye) propose une interface d'expression et de compréhension dans des situations difficiles et aide les personnes les plus vulnérables à exprimer des concepts compliqués à des personnes qui ne parlent pas leur langue.

Le projet Benur est né à l'initiative de son créateur qui souhaitait bénéficier d'un vélo adapté à son fauteuil. Rendre la mobilité accessible à tous et toutes, c'est un enjeu de dignité individuelle et collective.

Circularité

Toute ressource existant sur Terre est limitée par essence et fait partie d'un tout. Nous aussi nous pouvons intégrer ces principes dans les systèmes que nous créons :

  • Créer des artéfacts et des systèmes dont les externalités sont prévues et incorporées dans un cycle de vie consultable,
  • Créer des choses interconnectées, interopérables, réutilisales, compréhensibles,
  • Respecter l’écosystème dans lequel l’objet existera.

L'exemple de Fairphone est inspirant. L'entreprise a conçu un smartphone qui n'est certes pas le premier produit du marché en termes de performances, mais qui tente au mieux d'assurer des conditions de travail décentes à toutes les personnes travaillant en sous-traitance, des sources de matériaux les plus durables possibles et une évolutivité du produit à toute épreuve.

Patagonia est connue pour son discours radicalement différent de ses concurrents dans l'industrie vestimentaire. Sa mission affichée est de vous faire profiter de produits durables et de vous inciter à les garder et les réparer au lieu de les jeter. Plutôt incroyable de s'opposer au dogme de la croissance et des ventes, mais la solidité de Patagonia au fil des années prouve clairement que cela est possible.

Capacité d’un système à créer un cercle fermé de ressources en rendant toute matière et énergie nécessaire à son bon fonctionnement interopérable, recyclable, intégrée.

La circularité, c'est aussi l'anticipation de l'héritage. Comme l'a dit Alan Cooper, nous pouvons essayer d'être simplement de "bons ancêtres" : pensons aux conséquences de ce que nous mettons au monde et ce qui pourrait mal se passer sur le long terme et anticipons les ressources.

C'est à nous de rendre le design plus résilient en le pratiquant différemment au quotidien :

  • en faisant confiance à des systèmes ouverts et décentralisés : c'est difficile de laisser Google et Facebook derrière nous, mais il en va de l'avenir de nos données et de notre avenir politique,
  • Informer et respecter les personnes qui utilisent nos services : soyons plus transparent·e·s avec elles,
  • Pratiquons du "design à ciel ouvert" pour partager nos processus, nos méthodes, nos succès comme nos échecs,
  • Mentorons de jeunes designers pour les aider à aborder plus efficacement notre monde en mutation.

Le plus dur dans cette notion d’effondrement, c’est que nous sommes incapables de le prévoir ou de l’anticper. Nous ne savons pas s’il sera brutal ou progressif, ou s’il a peut-être meêm déjà commencé.
Mais plus nous commencerons à changer nos pratiques au pus tôt, plus nous seront prêtes et prêts à réagir quand un dysfonctionnement nous menacera.

Mais je reste optimiste, car je suis convaincue que les changements sont des opportunités. C'est un message positif que je souhaite vous offrir aujourd'hui. Peut-être qu'un effondrement de notre société signifiera une vie meilleure pour les générations après nous. Peut-être que nous retrouverons la force de créer de nouvelles manières de vivre ensemble, de nous connecter différent et avec respect au vivant.

Il est peut-être temps de faire les choses différemment et de "nettoyer" notre monde de ce qui n'a plus lieu d'être. C'est à nous de créer les mondes qui arriveront bientôt. Je conclus sur les mots de Ray Bradbury : "People ask me to predict the future, when all I want to do is prevent it."